Je suis né en 1984 à Aubervilliers. Dix-huit ans plus tard, en 2002, alors que ma réalité s’enlisait dans une médiocrité étouffante. Précarité, horizons bouchés, j’ai traversé l’océan pour la première fois, poussé par une certitude viscérale, presque animale: là-bas, au Japon, quelque chose de fondamental m’appelait, un séisme intérieur, une onde de choc qui allait faire basculer mon existence. Lire la suite
Au tout début des années 2000, le Japon restait pour moi un continent saturé de mystère: l’ère Heisei, encore imprégnée des excès de la bulle et de l’euphorie décadente des nineties, exhalait cette aura trouble d’un empire à la fois inaccessible et magnétique. Tout a basculé un après-midi, dans une petite librairie parisienne. Je suis tombé, presque par accident, sur L'empire érotique de Romain Slocombe.
Ces images de femmes japonaises saisies dans une esthétique fétichiste froide et brûlante à la fois – bas résille, uniformes, bondage, regards mi-innocents mi-fatals – m’ont foudroyé sur place. Slocombe, ce Français visionnaire, pionnier absolu, est devenu mon icône: le premier Occidental à avoir su saisir, avec une précision chirurgicale, la tension vertigineuse entre pureté shinto et perversion sadique. Ce livre n’était pas une découverte; c’était une déflagration. Il a allumé en moi une fascination définitive, presque maladive, pour le corps féminin japonais comme territoire esthétique ultime.
Le vrai choc, celui qui m’a littéralement fait vaciller, est arrivé plus tard, à Tokyo, dans l’atmosphère saturée d’un de ces « adult-shops » d’Akiba. Parmi les centaines de jaquettes aux courbes provocantes, une silhouette s’est détachée, souveraine, irréelle : Nana Natsume, déesse fugitive de l’AV du debut des années 2000, dont la beauté à la fois candide et bestiale m’a transpercé comme une révélation. À cet instant précis, l’idée "folle" de plonger moi-même dans l’industrie du désir est née, là, au milieu des rayons.
Je n’arrivais pas les mains vides. Mon regard était déjà trempé dans la lignée de deux grands photographes japonais: Daido Moriyama, dont les rues granuleuses de Shinjuku capturent l’énergie brute d’un Tokyo en perpétuelle érection; Nobuyoshi Araki, ce provocateur absolu qui lie les corps avec des cordes comme on lie le destin, transformant la soumission en acte d’amour extrême.
Après plus d’une décennie passée au cœur de « l’industrie », expérience à la fois initiatique et corrosive, j’ai opéré le grand retour à l’origine : la photographie.
Aujourd’hui, je porte en moi une mission presque messianique : transmettre l’essence de « mon » âge d’or japonais.